Formations: « On ne se juge pas, on ne se jauge pas: on explore! »

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1 août 2023 · Laurent Ancion

Dans le « A » d’ITHAC, il y a « Ados », bien entendu. Mais à côté des projets que l’association mène chaque année avec plus de 2.000 jeunes, saviez-vous qu’elle propose aussi des formations pour les adultes qui les encadrent ? De Fabrice Murgia à Isabelle Byloos, de Céline De Bo à Bernard Grosjean, des formateurs et formatrices « pros » plongent les enseignants, les animateurs et les artistes au cœur des mille questions pratiques d’un atelier mené avec les ados. « Je voulais faire du théâtre avec mes élèves, mais je sentais que je n’avais pas assez de ressources dans mon cartable. Les formations avec ITHAC ont été une véritable révélation! », commente Cécile Delsine, enseignante, aujourd’hui référente culturelle pour le PECA. Petit voyage en terre de découverte artistique, avec celles et ceux qui l’explorent… par la pratique!

Par Laurent Ancion

 

En ce dimanche matin, la concentration est sur tous les visages. Ils et elles sont dix, enseignant⋅e⋅s, animateur⋅ice⋅s, artistes, venu⋅e⋅s explorer la « Libération de la voix naturelle », en compagnie d’Isabelle Byloos. « Ne forcez rien, tout part du souffle », précise la formatrice. Tout inspire en effet à l’exploration intérieure: même les mouches se retiennent de voler, pour ne pas troubler l’intensité du groupe. En deux jours, il en sortira bouleversé. « Je venais ici pour mes élèves, pour pouvoir offrir des pistes de travail de la voix aux plus timides », explique Jérôme, professeur de français et d’arts d’expression à Ath. « Mais je me suis vite rendu compte que j’allais devoir moi-même sortir de mes habitudes. Ça m’a fait un bien fou! C’est un travail très généreux, qui touche aussi aux liens qu’on développe avec les autres. »

Chaque année, le panel de formations proposées par ITHAC n’a pas d’autres objectifs: il s’agit de vivre soi-même une expérience hors des sentiers battus, pour ensuite (p)oser des pistes nouvelles avec les jeunes, dans son propre travail d’animation. « En tant qu’enseignante, dès que j’apprends qu’ITHAC propose une nouvelle formation, je fais tout pour la suivre! », sourit Delphine Palissot. « J’ai longtemps enseigné le français et l’histoire en école professionnelle, notamment en menuiserie et en hôtellerie. Pour moi, le théâtre est le meilleur moyen de faire venir les jeunes à la matière scolaire. J’ai donc besoin d’être outillée. À chaque formation, je découvre de nouveaux univers pratiques: les ateliers philo avec Gilles Abel, l’écriture avec Céline De Bo, les podcasts avec Fabrice Murgia,… Au contact de ces professionnel⋅le⋅s, on repart avec l’impression d’avoir gagné des années-lumières! »

« Organiser et structurer ses idées… par l’art! », une formation menée par Fabrice Murgia.

Publics pluriels, richesse commune

Le parcours de Cécile Delsine, aujourd’hui référente culturelle pour le PECA-Hainaut, est éclairant: en quelques années, c’est une douzaine de formations qu’elle a suivies avec ITHAC. « Je voulais faire du théâtre avec mes élèves, mais je sentais que je n’avais pas assez de ressources dans mon cartable. Les formations avec ITHAC ont été une véritable révélation! », s’exclame-t-elle. Comme enseignante de français ou d’arts d’expression, elle a touché à tous les niveaux, technique, général, professionnel, avec une certitude chevillée au cœur: l’art peut soutenir l’éducation. « Et pour porter cette conviction, les enseignants ont aussi besoin de soutien! », dit-elle. « C’est ce qui donne tout le prix des formations comme celles d’ITHAC, dont la pierre angulaire est le contact avec les artistes. Elles sont pratiques et s’adressent à tous: on se retrouve avec des animateurs et animatrices d’ateliers, des profs, des artistes ou d’autres métiers sans lien avec la culture. Ça décomplexe! On se dit qu’on a tous quelque chose à gagner de l’exploration artistique. Toutes ces approches ont nourri ma pratique. »

« L’une des richesses, c’est la pluralité des publics », confirme Isabelle Byloos, qui emmène les participant⋅e⋅s à la rencontre de leur « voix naturelle » par la méthode Kristin Linklater. Ce dimanche-là, sur le plateau, on croise en effet une artiste de la scène, un prof d’arts d’expression, un ancien comédien devenu directeur d’école, un commercial dans une entreprise d’électroménager, une personne qui travaille pour Article 27,… « Grâce à ces gens venus d’horizons totalement différents, une synergie se crée que tu ne retrouves nulle part ailleurs », détaille la formatrice. « Cette pluralité permet de se sentir égaux dans le travail. En installant l’approche par la douceur, par l’humour aussi, on permet au groupe de se livrer, d’aller vers une exploration intime. Les gens se rencontrent. Ce sont des expériences uniques. »

« Libérer la voix naturelle » : une approche d’Isabelle Byloos, inspirée par la méthode de Kristin Linklater.

En faire plus pour faire mieux

Face à un agenda parfois très chargé, prendre le temps de se former peut relever de la gageure. Pourtant, comme le note Cécile Delsine, l’investissement en temps est largement récompensé. Une bonne piste pour soutenir le PECA, ce Parcours d’éducation culturelle et artistique développé en écoles par la Pacte d’Excellence? « Pour être à l’aise avec les enjeux du PECA, rien de plus logique que les formations! », soutient la référente culturelle. « Je peux témoigner que les formations d’ITHAC ont un effet à long terme, qu’on peut qualifier de spiralaire: elles se nourrissent les unes les autres. Je pense que les enseignants ont tout à gagner en consacrant du temps à ce type d’expériences. »

« La force d’ITHAC, c’est de nous faire vivre les choses de l’intérieur », partage Guy Rombaux, ce comédien qui mène depuis plus de 15 ans des ateliers théâtraux avec des ados. « Quelle que soit la thématique de la formation », développe-t-il, « nous vivons exactement l’expérience que les jeunes seront ensuite invités à traverser. Tu peux avoir un savoir livresque, mais ce qui compte, en compagnie des ados, c’est la pratique. » Et sur le terrain du concret, le grand coup de cœur de Guy, c’est le travail mené par Bernard Grosjean auprès d’ITHAC. « Il y a un avant Bernard Grosjean et un après Bernard Grosjean! », s’exclame le comédien-animateur. « Ses formations sont presque miraculeuses! Son approche a changé ma pratique, notamment par la distinction qu’il opère entre animateur de théâtre et metteur en scène. »

Bernard Grosjean lors de La scène aux ados.

De l’oxygène pour les bonnes idées

Auteur de plusieurs méthodes de l’atelier-théâtre, dont une toute nouvelle en préparation (1), Bernard Grosjean déclenche la passion chez tous les témoins consultés. « J’y retournerais à chaque fois! », s’enthousiasme Marie Chasles, qui mène des ateliers théâtraux depuis 2000 à la Cité Scolaire Michelet de Vanves. « Sa pratique du théâtre-images, du retour bienveillant, des banques de données thématiques autour d’une œuvre et sa clarté de vue en font un pédagogue hors pair. Il m’a notamment appris que j’étais capable de « réduire » une pièce, c’est-à-dire d’en donner une version manipulable par le groupe sans la trahir. Nous avons joué L’Opéra de 3 sous, par exemple! Tout cela est possible parce que les formations unissent la qualité et la bienveillance. On ne se juge pas, on ne se jauge pas : on explore! »

À la charnière de l’artistique et de l’enseignement, les formations d’ITHAC semblent donner de l’oxygène aux bonnes idées. « C’est la grande réussite du projet d’ITHAC en général », conclut Guy Rombaux. « Cette collaboration entre le monde artistique et le monde de l’enseignement crée une synergie dans la différence. Les objectifs ne sont pas les mêmes, mais le propos est commun: s’ouvrir, apprendre, découvrir, s’éduquer. Et le temps de cette action est le plus précieux de tous. »

(1) Dramaturgies de l’atelier-théâtre 1, Bernard Grosjean, IThAC / Lansman, 2009.
Dramaturgies de l’atelier-théâtre 2. Au bonheur des petites formes, Chantal Dulibine et Bernard Grosjean, IThAC / Lansman, 2018.
À paraître : un « Petit Précis » d’animation d’atelier-théâtre à l’usage des enseignant⋅e⋅s, des intervenant⋅e⋅s et des animateur⋅ice⋅s

Auteur·ice : Laurent Ancion

Passionné d’art sous toutes ses formes et sous toutes ses coutures, Laurent Ancion a trouvé dans le champ de l’écriture journalistique l’endroit rêvé pour chercher, questionner, rencontrer, réfléchir, analyser et raconter les arts de la scène. Après quinze ans consacrés à la critique théâtrale quotidienne au journal Le Soir, il mène aujourd’hui sa recherche sur un format plus long: le livre de réflexion, dont il cherche avant tout à privilégier la forme joyeuse plutôt que l’assommoir. Laurent est également professeur aux conservatoires de Mons et de Bruxelles, et poursuit en parallèle ses aventures musicales au piano (album « Tout au bord »). Il est chargé de communication et de projets auprès d’ITHAC.

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